Sur
’’recommandation de Saltigués’’, baignades monstres
à la plage de Rufisque
22-09-2008 23:32
GMT
Sources :
APS
Rufisque, 22 sept (APS)
– L’image est surréaliste. Des centaines de personnes
des deux sexes et de tout âge, torse nu pour les hommes
qui sont en culotte et pour les femmes un pagne noué à
hauteur de la poitrine ou exceptionnellement entièrement
vêtues, se baignent sur le rivage de la mer de Rufisque.
A la faveur du ressac des vagues à quelques mètres du
quai de pêche, certains s’aspergent d’eau et se frottent
vigoureusement le corps.
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Lundi, c’est ce
spectacle qu’offrait la plage de débarquement des
pirogues à ‘’Ndeppé’’ située à quelques encablures
du CDEPS de Rufisque.
Interrogés par
l’APS, plusieurs baigneurs ont expliqué agir de la
sorte suivant ‘’les prédications des Saltigués’’.
Ces derniers, soutiennent-ils, ont recommandé à tout
le monde de se baigner avec de l’eau de mer pour
éviter les catastrophes, accidents et autres
calamités qui se profilent à l’horizon.
’’Les Saltigués ont
parlé à la radio’’, insistent certains sans pour
autant donner de plus d’amples précisions sur
l’origine de l’information, encore moins le nom des
Saltigués voire la station ayant diffusé la
recommandation.
’’Il paraît que
tous les Rufisquois doivent se baigner à la mer,
sinon tous ceux qui vont tomber malades dans la
ville vont mourir’’, indique Ya Khady, une habitante
de Dar es Salam.
En plus des
Saltigués, il y a même des baigneurs qui avance le
nom d’un guide religieux comme commanditaire de la
grande douche publique.
Quoi qu’il en soit,
la consigne est suivie à la lettre à Rufisque et
Bargny, les deux villes dont les habitants seraient
concernés. ’’Il ne faut pas jouer avec le feu, les
Saltigués avait prédit l’année dernière la mort d’un
grand homme et on a perdu Serigne Saliou Mbacké. Ils
ont parlé de moments difficiles pour la presse, les
faits l’ont confirmé, je ne prendrai pas le risque
de faire le sourd pour cette recommandation’’,
explique Mansour, rencontré au moment où il
regagnait son domicile. Chaussé de plastiques, il
avait le pantalon mouillé par le caleçon qui lui a
servi de maillot de bain.
Pour ce jeune
élève, ‘’ça ne coûte rien de prendre un petit bain,
l’eau de mer est purificatrice et est chargée de
bienfaits’’.
’’Les journalistes
n’ont pas voulu suivre les Saltigués en donnant
comme aumône des arachides et on sait la suite’’
philosophe Mansour. Pour leur part, batifolant à
souhait dans l’eau, les enfants profitent de
l’occasion pour s’adonner aux joies de la baignade
en mer, sans braver l’interdiction de leurs parents
qui pour une fois se baignent à leurs côtés.
’’Je suis venu avec
mes enfants pour nous purifier, parce que nous
sommes dans une ville de traditions avec comme totem
le génie Mame Coumba Lamb et à l’approche de
l’hivernage, ces rencontres sur la plage de Ndeppé
étaient recommandées pour faire des offrandes’’,
témoigne Mame Fatou Ndoye venue de Dangou.
Pour cette femme
d’une cinquantaine d’années, ‘’ce n’est pas une
mauvaise chose, les Saltigués n’ont fait que
rappeler aux Rufisquois à l’ordre’’. En fait, elle
estime que ‘’des sacrifices ont été effectués sur la
plage pour demander au génie une bonne pluie, mais
sans dégâts comme à l’image des inondations’’.
’’On pense que les
Saltigués sont d’origine sérère où viennent
seulement de la région de Fatick. La région du Cap –
Vert, actuelle région de Dakar avait aussi ses
Saltigués notamment à Rufisque’’, explique un vieux
en caftan de blanc. Trempé de la tête aux pieds, il
est assis sur la sable, les babouches à la main,
attendant de se sécher sous les rayons du soleil
avant de s’en retourner à la maison.
Chez filles, même
si l’explication ne coule pas toujours de source,
elles ‘’croient aux prédications’’ et espèrent que
ce ‘’bain collectif’’ leur fera rentrer dans le
‘’cercle restreint des femmes mariées en ces temps
difficiles’’.
Ceux qui sont
restés à la maison ne sont pas pour autant oubliés,
les bouteilles d’eau minérale de 1,5 à 10 litres
sont remplies et transportés à la maison par des
vagues de baigneurs dont la procession est des plus
surprenantes.
’’J’apporte de
l’eau à mes parents et à ma petite sœur qui ne
peuvent pas venir ici, il y a trop de monde’’,
explique Anna Ndiaye, tandis que son amie révèle
pour sa part que ses parents sont venus se baigner
tôt le matin après le ‘’kheud’’ (petit déjeuner
matinal avant l’entame du jeûne).
’’C’est vrai qu’à
cett heure il y a aussi du monde, surtout les
grandes personnes’’, ajoute Momar, employé au quai
de pêche, précisant que la plage de ‘’Bata’’ et
celles de Bargny sont aussi prises d’assaut.
Pour les habitants
des villages de Sangalcam, ce sont des
fourgonnettes, genre L200 qui les acheminent pour
‘’le bain rituel’’, témoigne l’employé du quai de
pêche.
Pourtant, aucune
mesure de sécurité n’est prise pour canaliser la
marée humaine. Il n’ ya pas l’ombre d’un sapeur
pompier ni d’un agent de police.
Des cas de noyades
d’enfants ont été évoqués mais aucune confirmation
n’a été faite du côté de la Brigade des sapeurs
pompiers de Rufisque, encore moins des structures
sanitaires de Rufisque.
En début d’après
midi, les jeunes pêcheurs de Diokoul, Tiawlène et
Bargny tentaient d’organiser les baignades.
Empêchant les plus petits de se mettre à l’eau, ils
les aidaient à se laver à l’aide de bouteilles
remplies d’eau de mer.
’’Maintenant, il y
a beaucoup de rumeurs, beaucoup de croyances
occultes et c’est dommage surtout en ce mois de
ramadan’’, regrette pour sa part un vieux pêcheur
occupé à ranger un gros filet rafistolé dans sa
pirogue. E temps en temps, il jetait un regard
interrogateur sur ces ‘’invités d’un genre nouveau’’
qui ont envahi ‘’sa plage’’.
Seule plage de
sable fin avec celle qui se trouve derrière ‘’Bata’’
une ancienne usine de fabrication de chaussures,
Ndeppé, du fait de la digue construite le long du
littoral rufisquois pour protéger les quartiers
riverains de l’avancée de la mer, est très
fréquentée par les jeunes en période estivale.
Vrai ou faux ?
Rufisque vit au rythme des baignades publiques
ponctuées de bouteilles qui vont des maisons à la
mer et vice versa, comme ce fut le cas il y a des
mois quand un pasteur installé à Colobane
distribuait de l’eau bénite censée guérir des
maladies.
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