POLITIQUE
Spoliés
de leurs terres par la Sococim : Des Rufisquois promettent d’accueillir
Wade avec des abeilles
Sources Walfadjri
S’achemine-t-on vers une escalade entre la Sococim et les
maraîchers propriétaires des champs sur lesquels la cimenterie de Rufisque
entretient des cultures de tabanani (ou jatropha) ? En tout cas, hier, à la
sortie de leur audience avec le préfet, les maraîchers ont menacé de sévir.
C’est ainsi qu’ils comptent manifester leur courroux. Et pour leur première
manifestation, ils comptent lâcher demain, vendredi, des abeilles toutes noires
sur le président de la République et sa suite.
Les maraîchers de Rufisque promettent des abeilles à l’accueil du président de
la République qui doit inaugurer demain, vendredi, un important programme
d’investissement de la Sococim. Ils lui reprochent d’avoir permis à la première
cimenterie du Sénégal de spolier leurs terres. Et les maraîchers de Rufisque ont
décidé de faire recours aux pratiques mystiques pour se venger des spoliateurs.
Selon les maraîchers qui ont rencontré le préfet de Rufisque, la Sococim leur a
arraché plusieurs hectares de terres cultivables pour y planter du tabanani ou
jatropha. ‘Nous n’avons pas été consultés au moment de spolier nos terres. Ces
terres sont nos seules sources de subsistance. Elles nous ont été léguées par
nos grands-parents et nous y avions travaillé pendant des années.
Aujourd’hui, la Sococim utilise la force pour nous en chasser’, dénonce ce vieux
lébou. D’après ses amis, malgré les nombreuses lettres aux autorités pour
dénoncer la situation, la cimenterie a planté de forces des tabanani sans aucune
autorisation. ‘Nous avons demandé au maire de Rufisque si l’ordre venait de lui,
il nous a dit qu’il n’y est pour rien. Le préfet nous a réuni pour trouver un
consensus. La Sococim nous harcèle avec des documents qu’il a trouvés on ne sait
où ?’, soutient notre interlocuteur.
Les maraîchers qui sont très démunis durcissent le ton. C’est ainsi qu’ils
comptent accueillir demain, vendredi, le président Wade à leur manière. ‘Nous
avons nos propres moyens pour nous défendre, puisque personne ne veut régler nos
problèmes. Toutes les autorités saisies ont pris fait et cause pour la Sococim.
Nous verrons maintenant qui a raison’, s’offusque un jeune maraîcher. Selon
notre information, une lâchée d’abeilles se prépare du côté des vieux lébous.
Ces abeilles seront lâchées dans la zone que visitera le président de la
République dans la matinée. Des moyens mystiques qui font peur à certains
libéraux qui ont aussitôt sonné l’alerte pour demander un consensus entre
maraîchers et la Sococim. Les hectares de terres cultivables se trouvent
derrière les carrières de la cimenterie. D’une superficie de 126 ha pour les uns
et de 75 ha pour les autres, ces terres ont été utilisées par la cimenterie pour
y planter des tabanani.
Les travaux d’implantation du jatropha sont allés tellement vite que les
populations se demandent ce qui a motivé cette précipitation des responsables de
la Sococim. Certains pensent même que c’est parce que la cimenterie a été
épinglée pour non-respect des normes environnementales qu‘elle essaye de sauver
la face en réalisant un des grands projets du chef de l’Etat. Le ministre
Thierno Lô avait menacé l’industrie de fermeture si elle ne les respectait pas
jusqu’en juillet.
Le mois de juillet est passé et la fumée blanche continue toujours d’échapper
des fours de la cimenterie. ’La crainte de certains maraîchers est normale. Ils
croient que la Sococim utilisera à la longue ces terres pour des carrières. Elle
manque de terre pour l’extension de ses carrières qui sont épuisées’, explique
un membre de la convention des cadres de Rufisque.
Le différend entre la cimenterie et les populations se termine toujours par des
escalades. En 2002, les jeunes de Bargny, regroupés dans un collectif pour la
sauvegarde des terres de Bargny, ont mené une véritable guérilla contre la
Sococim. Il aura fallu l’intervention très musclée des forces de l’ordre pour
rétablir la paix. Aujourd’hui, une autre menace risque d’entacher l’arrivée à
Rufisque du président Wade, ce vendredi 14 décembre, à 10 h.
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