« Remue-ménage », l’émission d’actualité de la Rfm
conçue et animée par notre confrère Alassane Samba Diop
avait hier, dimanche 7 septembre sur le plateau, El
Hadji Ibrahima Sall, ancien ministre du Plan sous Abdou
Diouf et notre confrère le journaliste Adama Gaye,
spécialiste des questions géostratégiques et grand
connaisseur de la Chine.
Analysant la situation du pays
caractérisée selon lui, par une inertie qui plombe les
initiatives, « dé-norme » la société et fait le lit de
la régression économique et sociale, l’ancien ministre
du dernier gouvernement sous le régime socialiste,
estime que l’insertion du Sénégal dans la mouvance de la
mondialisation et des investissements passe d’abord par
« la mise en place des normes et des réformes ». Parce
que « notre pays et notre société ne sont pas aux normes
et il est temps de s’affoler ».
Evoquant l’actualité, l’autre
invité, notre confrère Adama Gaye a trouvé dérisoire les
financements estimés pour régler les questions
d’assainissement qui se posent principalement à Dakar. «
Rien que pour Libreville au Gabon, les besoins sont
estimés à ce niveau à plus de 300 milliards de Fcfa. Il
est donc dérisoire de parler de 7 milliards de Fcfa pour
Dakar », notera-t-il. Le spécialiste reconnu de la Chine
prone l’instauration de mécanismes modernes de prise en
charge environnementale pour régler les questions
d’assainissement dans notre pays.
Parlant par ailleurs, des
questions de leadhersip, Adama Gaye relevera que
l’Afrique en général et le Sénégal en particulier en
souffre terriblement. « Il nous manque de véritables
leaders armés de slogan et d’arguments solides pour
rassembler les peuples et leur montrer la direction du
développement. C’est ainsi », notera-t-il, que «
l’Afrique a raté le train dans les années 1980 des
nouvelles technologies de l’information et de la
communication (Ntic).
Des pays asiatiques eux, non.
Ils ont ainsi pris une avance de plus de cinquante ans
sur nous ». Le co-invité de l’émission, économiste de
son état avance que des réformes s’imposent à tous les
niveaux : « on a besoin de réformer notre société, les
rapports de production, les rapports de pouvoir, les
processus de décision, les référents éthiques et
comportementaux. » Pour cela, martèle l’enfant de
Rufisque, « il faut un courage politique avec des hommes
et des femmes courageux pour mener à bout les réformes
qui s’imposent ». A ses yeux et dans l’état actuel des
choses, « ni la société sénégalaise, ni son économie
sont aptes à compétir ». Ces réformes passent
nécessairement par le « renouvellement des équipes avec
un Etat plus fort et plus juste pour se mettre dans le
temps du monde », dira-t-il.
Selon le philosophe, économiste
et ancien ministre « le premier problème, est la
responsabilité des Sénégalais eux-mêmes. A commencer par
les intellectuels ! » Dénonçant les « opérations
personnelles » de survie développées par l’élite,
préférant le salaire et les vacances à la réforme : «
nous avons tous trahis ».
El Hadj Ibrahima Sall infirme
et fustige sur sa lancée la gestion du « coup par coup »
et « coup après coup » qui engendre « forcément des
erreurs » et des conséquences sociales dramatiques. «
Ces négligences ont un coût. Nos enfants, nos
petits-fils, nos neveux vont prendre des pirogues parce
que là ils se rendent, on s’est mobilisé pour donner un
avenir meilleur à sa descendance ». L’ancien ministre du
Plan du gouvernement Mamadou Lamine Loum, parle d’ «
économie du parasitisme », d’« économie d’intermédiation
». Très dure, il cingle une « République de courtisans
et de courtage ».
Une réalité doublée «
d’insouciance et d’ignorance » des acteurs sociaux
confinés dans la sphère de la « jouissance » et « non de
l’effort ». « Depuis 50 ans, le Sénégal est resté comme
il est : conservateur, ludique et très peu sérieux »,
juge El Hadji Ibrahima Sall. Selon lui la logique
voudrait cependant qu’on en revienne à la planification
et l’analyse. « Le programme de réformes est aujourd’hui
devenu capital », indique-t-il.
L’ancien ministre du Plan sous
Diouf cite les Petites et Moyennes entreprises (Pme) qui
selon lui, auraient dû recevoir des financements de 500
milliards pour relancer l’économie. Une politique qui
serait alors « couplée avec la régionalisation de sorte
à avoir des effets diffusés le plus largement possible
», propose El Hadj Ibrahima Sall, par ailleurs
économiste.
L’autre solution qu’entrevoit
El Hadj Ibrahima Sall, c’est de renforcer la Justice. «
Il faut que la Justice fasse tomber des têtes ». Car,
pense-t-il, il est urgent »d’arrêter cette course
effrénée vers l’accumulation des richesses par le moyen
des détournements des deniers publics et d’objectifs« .
Une »ruée vers l’or« qu’El Hadj Ibrahima Sall qualifie
de »stupide" car faisant fuir les investisseurs.
N’empêche, Adama Gaye met dans le même sac, les
dirigeants actuels et les anciens. « Les régimes
antérieurs ont manqué de vision tout comme ceux actuels
ne se préoccupent de développement », concluera-t-il.