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El Hadj Ibrahima SallSénégal | EL HADJI IBRAHIMA SALL ET LE SENEGAL « DÉNORMÉ »

« Le temps de s’affoler »

par Madior FALL | SUD QUOTIDIEN , lundi 8 septembre 2008
 
Co-invité de l’émission « Remue-ménage » de la Radio futur média (Rfm) avec le journaliste spécialiste de la Chine, Adama Gaye, El Hadj Ibrahima Sall, l’ancien ministre socialiste du Plan sous le régime de Abdou Diouf regrette « l’inertie » qui « caractérise le Sénégalais depuis plusieurs décennies ». Alors est venu, selon lui « le temps de s’affoler ». C’est pourquoi il préconise une réforme en profondeur de notre société.

« Remue-ménage », l’émission d’actualité de la Rfm conçue et animée par notre confrère Alassane Samba Diop avait hier, dimanche 7 septembre sur le plateau, El Hadji Ibrahima Sall, ancien ministre du Plan sous Abdou Diouf et notre confrère le journaliste Adama Gaye, spécialiste des questions géostratégiques et grand connaisseur de la Chine.

Analysant la situation du pays caractérisée selon lui, par une inertie qui plombe les initiatives, « dé-norme » la société et fait le lit de la régression économique et sociale, l’ancien ministre du dernier gouvernement sous le régime socialiste, estime que l’insertion du Sénégal dans la mouvance de la mondialisation et des investissements passe d’abord par « la mise en place des normes et des réformes ». Parce que « notre pays et notre société ne sont pas aux normes et il est temps de s’affoler ».

Evoquant l’actualité, l’autre invité, notre confrère Adama Gaye a trouvé dérisoire les financements estimés pour régler les questions d’assainissement qui se posent principalement à Dakar. « Rien que pour Libreville au Gabon, les besoins sont estimés à ce niveau à plus de 300 milliards de Fcfa. Il est donc dérisoire de parler de 7 milliards de Fcfa pour Dakar », notera-t-il. Le spécialiste reconnu de la Chine prone l’instauration de mécanismes modernes de prise en charge environnementale pour régler les questions d’assainissement dans notre pays.

Parlant par ailleurs, des questions de leadhersip, Adama Gaye relevera que l’Afrique en général et le Sénégal en particulier en souffre terriblement. « Il nous manque de véritables leaders armés de slogan et d’arguments solides pour rassembler les peuples et leur montrer la direction du développement. C’est ainsi », notera-t-il, que « l’Afrique a raté le train dans les années 1980 des nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic).

Des pays asiatiques eux, non. Ils ont ainsi pris une avance de plus de cinquante ans sur nous ». Le co-invité de l’émission, économiste de son état avance que des réformes s’imposent à tous les niveaux : « on a besoin de réformer notre société, les rapports de production, les rapports de pouvoir, les processus de décision, les référents éthiques et comportementaux. » Pour cela, martèle l’enfant de Rufisque, « il faut un courage politique avec des hommes et des femmes courageux pour mener à bout les réformes qui s’imposent ». A ses yeux et dans l’état actuel des choses, « ni la société sénégalaise, ni son économie sont aptes à compétir ». Ces réformes passent nécessairement par le « renouvellement des équipes avec un Etat plus fort et plus juste pour se mettre dans le temps du monde », dira-t-il.

Selon le philosophe, économiste et ancien ministre « le premier problème, est la responsabilité des Sénégalais eux-mêmes. A commencer par les intellectuels ! » Dénonçant les « opérations personnelles » de survie développées par l’élite, préférant le salaire et les vacances à la réforme : « nous avons tous trahis ».

El Hadj Ibrahima Sall infirme et fustige sur sa lancée la gestion du « coup par coup » et « coup après coup » qui engendre « forcément des erreurs » et des conséquences sociales dramatiques. « Ces négligences ont un coût. Nos enfants, nos petits-fils, nos neveux vont prendre des pirogues parce que là ils se rendent, on s’est mobilisé pour donner un avenir meilleur à sa descendance ». L’ancien ministre du Plan du gouvernement Mamadou Lamine Loum, parle d’ « économie du parasitisme », d’« économie d’intermédiation ». Très dure, il cingle une « République de courtisans et de courtage ».

Une réalité doublée « d’insouciance et d’ignorance » des acteurs sociaux confinés dans la sphère de la « jouissance » et « non de l’effort ». « Depuis 50 ans, le Sénégal est resté comme il est : conservateur, ludique et très peu sérieux », juge El Hadji Ibrahima Sall. Selon lui la logique voudrait cependant qu’on en revienne à la planification et l’analyse. « Le programme de réformes est aujourd’hui devenu capital », indique-t-il.

L’ancien ministre du Plan sous Diouf cite les Petites et Moyennes entreprises (Pme) qui selon lui, auraient dû recevoir des financements de 500 milliards pour relancer l’économie. Une politique qui serait alors « couplée avec la régionalisation de sorte à avoir des effets diffusés le plus largement possible », propose El Hadj Ibrahima Sall, par ailleurs économiste.

L’autre solution qu’entrevoit El Hadj Ibrahima Sall, c’est de renforcer la Justice. « Il faut que la Justice fasse tomber des têtes ». Car, pense-t-il, il est urgent »d’arrêter cette course effrénée vers l’accumulation des richesses par le moyen des détournements des deniers publics et d’objectifs« . Une »ruée vers l’or« qu’El Hadj Ibrahima Sall qualifie de »stupide" car faisant fuir les investisseurs. N’empêche, Adama Gaye met dans le même sac, les dirigeants actuels et les anciens. « Les régimes antérieurs ont manqué de vision tout comme ceux actuels ne se préoccupent de développement », concluera-t-il.

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