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POLITIQUE
Ousmane Tanor DIENG : ‘Wade travaille dans l'informel’


Sources
Walfadjri

Le Front Siggil Sénégal continue son offensive contre le parti au pouvoir. Après avoir réussi le pari du boycott, les amis de Dansokho tentent de défendre les Sénégalais contre de nouveaux problèmes qui les assaillent. Plusieurs arguments sont avancés pour faire en découdre avec le régime en place : le coût de la vie, le train de vie de l’Etat montent en flèche, un cadre macro-économique qui se désagrége, le taux de croissance du pays qui chute à 2 %, l’inflation qui s’envole également, avec un des taux les plus élevés de l’Uemoa.

Walfadjri : Le front Siggil Sénégal multiplie ses rencontres à Rufisque, qu’est-ce qui motive cela ?


Ousmane Tanor Dieng :
Nous sommes venus à Rufisque dans le cadre d’une tournée de remerciement des militants et des populations de Rufisque pour leur exprimer notre satisfaction de la manière dont le boycott s’est déroulé. C’est un résultat inattendu. Vous savez qu'à Rufisque, le taux de participation tourne autour de 27 %, ce qui est remarquable. Le sujet était bien campé, c’est dire que tout ce qu’on reprochait à Me Wade, tous ceux qui voulaient lui envoyer un signal fort sur la manière dont le pays est géré, à savoir la flambée des prix, un train de vie de l’Etat, le piétinement des libertés, ont décidé alors de ne pas voter. Nous remercions les camarades de Rufisque pour leur détermination, leur engagement. Tout s’est passé dans une ambiance festive contrairement aux autres endroits.

Walfadjri : Les prix des denrées flambent et les populations de plus en plus dans le désarroi, l’opposition a-t-elle une solution pour redresser la barre ?

Ousmane Tanor Dieng : Nous avons déjà dit que le pouvoir ne doit pas être confié à ces gens car s’ils ont le pouvoir, la situation va empirer. Après la prétendue victoire Me Wade à la présidentielle, ce que nous avons constaté c’est que les prix ont commencé à augmenter. A l’époque c’était celui du riz. Mais maintenant malgré le signal fort du boycott, les prix flambent : il y a le pain, le ciment, un produit bien connu à Rufisque qui va de 60 000 à 80 000 francs la tonne. Ce que ce gouvernement doit faire, c’est de voir la structure des prix. Dans cette structure il y a une partie qui repose sur la fiscalité qui est fixée par un Etat. Donc l’Etat peut diminuer la fiscalité et par-là même diminuer le prix des denrées de première nécessité. Il faut aussi contrôler la marge bénéficiaire des commerçants. Si on joue sur ces deux éléments, on verra à la baisse les prix des denrées de première nécessité. Wade et son équipe ne savent pas travailler, c’est un gouvernement ‘cuune’ (amateurs, ndlr). D’autre part, ils ont des problèmes d’argent. Avec toutes les dépenses faramineuses qu’ils font, il leur faut de l’argent coûte que coûte. Et la conséquence est que Wade et ses hommes jouent sur la fiscalité pour avoir de l’argent. Je vous dis que le prix de l’essence super au Sénégal est plus cher que dans tous les pays de l’Uemoa. Comment peut-on expliquer que le prix du super soit plus élevé au Sénégal qu’au Mali ou au Burkina Faso. Ces deux pays n’ont pourtant pas de port. Cela veut dire exactement que la fiscalité est trop élevée dans notre pays. Prés de 53 % dans la structure du prix relève pratiquement de la fiscalité. Donc il y a des leviers sur lesquels il est possible de jouer pour diminuer les denrées de grande consommation. Et celles de première nécessité.

Walfadjri : Depuis le début de l’alternance le choix des hommes pour gouverner le pays pose souvent problème, où se situe la faille ?

Ousmane Tanor Dieng : Ce n’est pas la première fois que le président Wade est berné par ses hommes. A chaque remaniement c’est la même chose. Et il n’a pas encore fini avec cette équipe. Wade travaille dans l’informel. Il est informel. Il faut que Wade et ses amis remettent le Sénégal sur les rails. Le Sénégal a une vieille tradition démocratique qui a ses avantages et ses inconvénients mais qui a permis de maintenir un certain nombre d’équilibres, de grands équilibres. Ces équilibres-là ont été rompus aujourd’hui. Le pays a aussi une parfaite connaissance de l’administration, le respect de la déontologie et de l’éthique. Il faut revenir aujourd’hui à ses fondamentaux. Abdoulaye Wade ne respecte aucune règle, rien du tout. Il fait ce qu’il veut, le fond du problème c’est qu’il s’en fout pas mal.

Walfadjri : Quelle appréciation faites-vous sur le serment des ministres du gouvernement de Aguibou Soumaré ?

Ousmane Tanor Dieng : En Afrique il n’y a que Mobutu et Lansana Konté qui l’ont exigé à leur gouvernement. Est-ce que ces deux sont des références ? Cela pose le problème de la personnalité du président Wade. C’est contraire aux principes républicains. En République, on ne peut pas prêter serment en face d’un homme mais en face d’une institution. Il s’agit là d’un acte d’allégeance Et en République il ne doit pas y avoir d’allégeance. Ensuite, ce que Wade a fait n’est pas prévu par la Constitution. C’est anticonstitutionnel. La Constitution prévoit que le président de la République prête serment devant le Conseil constitutionnel. Il n’y a pas d’autres formes prévues par notre Constitution. Il ne faut pas que l’on pense que le président, une fois élu, a le droit de tout faire. Sinon on n’est plus en République. Une République ce sont des règles, des normes et des formes. Quand on sort de tout cela, on n’est plus dans une République.

Propos recueillis par Najib SAGNA

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