Rufisque
: Les pêcheurs en difficulté prennent leur destin en main
Sources Walfadjri
La biodiversité des ressources
halieutiques est favorisée par la position géographique du Sénégal qui s’ouvre
sur plus de 700 km, sur l’océan atlantique. Les dernières évaluations des stocks
ont confirmé que de sérieuses menaces pèsent sur la ressource, et l’on a
vivement recommandé la prise de mesures stratégiques de maintien de certains
niveaux de capture, d’une politique de préservation et de régénération de
plusieurs espèces. Pour atteindre ces résultats, les professionnels du secteur
s’organisent.
La pêche maritime a été longtemps considérée comme un simple secteur confié à un
ministère. Mais de plus en plus des professionnels du secteur s’organisent pour
le rentabiliser. C’est ainsi qu’a été créée l’association ‘Les acteurs émergents
des pêcheries du Sénégal’. Ces acteurs de la pêche venant de 18 organisations,
soit un total de 7 973 membres soucieux des conditions précaires dans lesquelles
ils exercent leurs activités, ont décidé de relever les défis qui se dressent
devant eux. L’intérêt accordé à ce secteur se justifie, selon ces acteurs de la
pêche, par son impact dans l’économie nationale. En effet, la pêche maritime
constitue 2,5 % du Pib national. 30 % des recettes d’exportation proviennent de
cette activité et près de 600 mille emplois directs et indirects sont crées à
partir des activités liées à la pêche.
Aujourd’hui, la pêche artisanale s’avère le domaine de plusieurs applications de
techniques améliorées et utilise, avec une grande facilité d’adaptation, les
nouvelles techniques de l’informatique dans beaucoup de ses activités annexées.
Evaluant l’armement, les chiffres avancés soutiennent que la flotte piroguière
compte près de 13 mille 900 unités dont seul 85 % sont en activité. Elle se
compose selon les localités de pirogues saint-louisiennes, lébou, gnominkas,
etc. Leur technique de fabrication n’a pas évolué de manière sensible au cours
des cinquante dernières années, alors que les exigences actuelles de
navigabilité de sécurité et d’exploitation se posent avec acuité dans cette
activité socio-économique en pleine mutation.
L’armement piroguier pratique diverses méthodes de pêche telles que la ligne
simple, la pêche glaciaire, la senne tournante, les filets dormants, dérivants
ou fixes, les pièges, casiers, etc. Sur le plan spatial, la flotte se répartit
comme suit : 3 100 unités dans la Grande Côte, 3 130 dans le Cap-vert. 2 870
dans la Petite Côte, 2 460 dans le Sine Saloum, 2 330 en Casamance. ‘En dépit de
toutes les potentialités existantes offrant à nos pêcheries des perspectives
généreuses, il convient de souligner et de dénoncer avec vigueur les multiples
difficultés et contraintes qui, si aucune alternative n’est déployée, peuvent
compromettre de façon irréversible l’avenir de ce secteur. Il s’agit entre
autres de la raréfaction des ressources halieutiques dont les causes sont liées
à l’impact d’un effort de pêche surdimensionné, ce qui se traduit par la quasi
disparition de plusieurs espèces de nos côtes’, déclare Malick Fall.
S’ajoutent à ces contraintes la pratique de méthodes de capture prohibées et
nuisibles à la régénération de la ressources et à la préservation de
l’environnement marin, l’existence d’un armement piroguier dont la majeure
partie des unités ne répond plus aux normes de conception, d’exploitation et de
sécurité requises ainsi que le manque d’application de la réglementation en
matière de la gestion durable.
La réflexion permanente axée sur les problématiques qui pèsent sur cette
activité et dont les conséquences entravent tout effort de promotion
socio-économique de la pêche a conduit à une prise de conscience collective.
Mais aussi à une perception de la nécessité de cultiver au sein des communautés,
des réflexes d’auto conservation, nécessaires à la survie du patrimoine
halieutique.
Pierre MBOUP, du Gie inter professionnel de Rufisque : ‘A Rufisque il y a de
bons récifs mais très sales’
Walf :
La flotte piroguière dans le département de Rufisque est-elle importante ?
Pierre Mboup : Nous
avons beaucoup de pirogues malgré tout. Quelques 400 pirogues vont en mer. 1 200
pêcheurs rufisquois sont en activité. Et environ 600 sont inactifs. Les pêcheurs
font de la pêche glacière avec des pirogues à 22 m, il y a aussi la pêche du
jour avec des filets de 8m. La pêche mono filament avec des filets de 12 à 14
mètres.
Walf : La pêche n’est-elle pas affectée par
l’immigration ?
Pierre Mboup : Dans
une pirogue de 100 personnes qui regagne l’Espagne, nous comptons environ une
vingtaine de pêcheurs. Ce qui signifie que les pêcheurs sont toujours là. La
pêche se déroule de très bonne manière malgré tout. Il y a beaucoup de
Rufisquois et de Saint-Louisiens qui pratique la pêche. Les jeunes sont toujours
disposés à aller en mer.
Walf : Pourtant beaucoup de professionnels
disent que la pêche ne marche pas ?
Pierre Mboup : Si
la pêche est aujourd’hui dans des problèmes c’est parce que la responsabilité
incombe d’une part aux professionnels et d’autres part à l’Etat. Pour les
professionnels, c’est parce qu’ils utilisent un mode de pêche qui ne sauvegarde
pas l’ ’environnement et les ressources. Ils ne regardent en général que leur
intérêt oubliant l’avenir. Ils doivent pêcher juste ce dont ils ont besoins et
gaspiller les ressources halieutiques. Il y a des périodes où il y a beaucoup de
poissons, les professionnels enlèvent le maximum de poissons, des petits qui
sont invendables. Ils les déversent sur la côte. Je pense qu’ils doivent revoir
l’activité et dresser un véritable programme de pêche. Pourquoi quand la pêche
est abondante ne pas aller le soir et se reposer la matinée ou encore trier les
gros poissons. A Rufisque nous appliquons déjà ces mesures. Quant un pêcheur
fait deux fois le trajet en haute mer, ses produits seront confisqués pour un
temps déterminé. L’Etat doit de son côté surveiller la mer. Aujourd’hui la pêche
n’est plus contrôlée. Les professionnels et les étrangers font tout ce qu’ils
veulent de notre mer. Il faut revoir le mode de pêche du secteur artisanal et
celui du secteur industriel. Les pays voisins comme la Mauritanie et la Guinée
ont réussi le pari de surveiller leur mer. La pêche industrielle tue beaucoup de
poissons. Des bateaux de pêche doivent surveiller le secteur.
Walf : Une dernière appréciation de la pêche
dans la vieille ville ?
Pierre Mboup :
Les poissons s’adaptent à une localité tranquille. Mais quand les poissons sont
martyrisés, ils migrent vers d’autres localités. Les vieux bateaux et les
carcasses de véhicules doivent servir de récifs actifs pour nos poissons. La
pêche industrielle et la pêche à la mine a réussi à faire fuir nos poissons vers
d’autres horizons. Dans ce cas, la zone de pêche sera définie et on aura un parc
sous contrôle. Ce qui me fait mal au Sénégal, c’est que les députés donnent peu
d’importance à la pêche. On ne parle que d’agriculture et d’élevage. Mais la
pêche est oubliée. Alors que le secteur enrichit l’économie nationale.
Walf : Le manque de poissons s’explique-t-il ?
Pierre Mboup :
Les bons poissons ne sont plus visibles dans le pays. Soit ils sont importés par
les étrangers. L’exportation prend une grande part de ces poissons. .Le Thiof de
6kg est plus cher qu’un mouton. Le prix du poisson dépend en général des prises.
C’est d’abord la cherté du matériel de pêches qui ne permet pas aux pêcheurs de
s’en sortir. La pêche ne marche pas bien et le matériel n’est pas abordable. A
comparer le Sénégal à d’autres, notre pays est plus cher. En Gambie, le moteur
Yamah 15 chevaux coûte 700 000 alors qu’au Sénégal, le même matériel revient à
1. 160 000 ; Un moteur 40 chevaux coûte en Gambie 1 400 000 et au Sénégal il
revient à 1 910 000. Donc il faut que l’Etat revoie le coût du matériel de
pêche.
Walf : Une dernière appréciation de la pêche
dans la vieille ville ?
Pierre Mboup :
Dans la ville de Rufisque, nous nous organisons de plus en plus pour prendre en
charge le secteur. Nous savons réellement ce qu’il faut pour aider le secteur,
mais il y a le manque de moyens qui nous bloque. Il y a des zones de pêche et de
bons récifs, mais très sales. Souvent les poissons n’y trouvent pas de bonnes
conditions de vie. Il faut que l’on nous vienne en aide afin d’assainir notre
mer.
Recueillis par Najib SAGNA
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