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DROIT DE REPONSE
 
PRECISIONS - Les «Porteurs de pancartes» répondent à Alioune Diaw

Publié le
03-09-2008  Sources : Le Quotidien

La narration du 26 août 1958 par un troubadour des temps modernes Dans le journal Le Quotidien, édition du jeudi 28 août 2008, M. Alioune Diaw, tel l’inénarrable héros de Cervantès, «rue dans les brancards», s’en prend à Me Mbaye-Jacques Diop, Président d’Honneur de l’Association des «Porteurs de Pancartes» du Sénégal, pour la Commémoration du 26 août 1958.

Ce qui est déroutant dans la «sortie» de M. Diaw, c’est d’abord, qu’il ait attendu 2008 pour se signaler, en sa qualité de contestataire d’une vérité qui, selon lui, n’est pas historique.
C’est ensuite le fait que M. Diaw qui appartient, comme il le précise lui-même, au mouvement sportif, ne connaît pas le monde politique, comme en témoignent les approximations dans ses déclarations, les amalgames qu’il fait, et, surtout son absence totale de maîtrise du sujet qu’il aborde.
Comme s’il sortait d’une longue période d’hibernation qui lui a fait perdre le sens des réalités, M. Diaw affirme que Mbaye-Jacques Diop a attendu l’an 2000 (sous-entendu avec l’alternance), pour célébrer l’anniversaire du 26 août 1958.
Rien que cette affirmation suffit à le disqualifier du débat qu’il soulève lui-même, lorsqu’on se rappelle que, depuis 1994, l’Association des «Porteurs de Pancartes» commémore chaque année la rencontre du 26 août 1958.
Nous, du Bureau national de ladite Association, avons jugé utile de saisir l’occasion, qu’à son esprit défendant, M. Diaw nous offre, pour faire un peu de pédagogie, en matière d’histoire politique, en direction de nos jeunes concitoyens qui n’ont pas vécu, ou connaissent mal, ce pan de l’histoire de notre pays.
Cette sortie de M. Alioune Diaw, nous donne l’occasion -nous l’espérons définitive-de clore une fois pour tout, l’histoire de cette mémorable journée du 26 août 1958 et des acteurs proches ou lointains qui l’ont animée.
Venant de fêter, le cinquantenaire de ce pan de notre histoire, nous avons affirmé, vouloir dorénavant associer entièrement la jeunesse sénégalaise, pour qu’elle soit la gardienne de cette immense page de notre histoire.
Ainsi donc, le Général De Gaulle, tout nouveau Chef du Gouvernement français -après les évènements d’Alger du 13 mai 1958 qui l’ont ramené au pouvoir- avait entrepris une tournée dans ce qui était les Territoires français d’Outre-Mer (les ex-colonies), pour promouvoir son projet de nouvelle constitution, dans le cadre des réformes qu’il entendait mettre en œuvre, notamment en ce qui concerne les rapports entre la France métropolitaine et les territoires en question, tirant ainsi les leçons de la Guerre d’Indochine et celle d’Algérie, alors en cours.
Dakar devait être la dernière étape de cette tournée.
Les territoires visités étaient, depuis longtemps déjà, en proie à un âpre débat politique sur leur avenir.
Un mois avant l’arrivée de De Gaulle, à Dakar, avait eu lieu à Cotonou, un Congrès qui devait être historique, en ce qu’il avait réuni tous les délégués des différents Etats se réclamant du Panafricanisme dit «Parti du Regroupement Africain», dont, au Sénégal, l’Union Progressiste Sénégalaise (Ups) en était la section.
Le mot d’ordre principal qui avait prévalu à l’issue de ce Congrès de Cotonou (25, 26 et 27 juillet 1958) était : «Indépendance immédiate», une des options qu’offrait le projet de constitution de De Gaulle (rester dans la communauté Franco-africaine, en votant OUI ou choisir d’assumer seul son destin en s’en séparant, en votant NON). Ce que Sékou Touré avait préconisé, en recevant De Gaulle, à Conakry, à la veille de l’arrivée de ce dernier à Dakar.
Notre Président, Mbaye-Jacques Diop, était à ce Congrès de Cotonou, en sa qualité de délégué de l’Union Progressiste Sénégalaise (Ups), avec Rose Basse et Amadou Ndéné Ndaw, au titre des jeunes. C’est après ce Congrès historique de Cotonou, que, dans le cadre du Comité de Défense des Libertés Démocratiques que présidait Abdoulaye Ly, se préparait l’accueil du Général de Gaulle, sans l’importante part prise lors des réunions préparatoires du bureau politique de l’Ups.
Mbaye-Jacques Diop, qui était, à l’époque, Secrétaire Général de la section du Mouvement des jeunes de Rufisque et banlieue de l’Ups, Secrétaire Général National à l’organisation et à la propagande du Mouvement des Jeunes de l’Union progressiste sénégalaise (Mjups) et Représentant des jeunes au bureau politique de l’Ups était incontestablement, es-qualité, un des maîtres-d’œuvre des fébriles préparatifs de l’accueil du Général. Nous profitons de l’occasion pour lui rendre hommage et lui réaffirmer notre solidarité. Son engagement patriotique d’hier, n’a jamais subi l’altération du temps, et, aujourd’hui, autant que jamais, il demeure le militant de la cause nationale.
Non M. Diaw ! Nous ne sommes pas des imposteurs !
Au demeurant, Mbaye-Jacques Diop ne pouvait ne pas être présent à la place Protêt, le 26 août 1958, brandissant avec les jeunes de l’Ups et d’autres jeunes, les pancartes qui réclamaient l’indépendance immédiate. La veille de ce jour mémorable, aux environs de 11 h du matin, Valdiodio Ndiaye, en compagnie de Jean Collin et Abdoulaye Ly, est passé au siège de l’Ups (55, Rue Escarfait), où Mbaye-Jacques, et beaucoup de responsables jeunes s’évertuaient à mettre la main sur la dernière touche des préparatifs. Et c’est dans ce contexte que nous avons eu la primeur de la lecture, par l’auteur lui-même, du mémorable discours d’accueil de Valdiodio Ndiaye.
Tous étaient sur la place Protêt, avec l’Ugtan, avec d’autres syndicalistes, avec des militants du PAI qui venait d’avoir un an d’existence, avec le Conseil de la Jeunesse, avec des mouvements de jeunes, avec les étudiants de la Feanf en vacances, ceux de l’Ugeao, bref avec les forces vives de la Nation.
Mbaye-Jacques Diop était à la place Protêt, le 26 août 1958. Mais, il était aussi à la salle des fêtes de Rufisque, un mois après, précisément le 20 septembre 1958, pour y défendre la prééminence des mots d’ordre du Congrès de Cotonou.
Le texte, ainsi que les noms des tout premiers signataires, sont publiés dans le manifeste du Pra-Sénégal, que nous faisons parvenir, ci-joint, à la rédaction du journal Le Quotidien. Pour l’histoire.
Par ailleurs, sur les photos des archives et dans les films d’actualités, nous étions, tous, bien visibles, nous tous qui portions des pancartes, avec les mots d’ordre de Cotonou :
Indépendance immédiate ;
Nation fédérale africaine ;
Confédération multinationale de peuples libres et égaux.
Le journal Le Monde, qu’on ne saurait taxer de partialité, écrivait dans son édition datée du 27 août 1958, qu’à Dakar, «des difficultés d’un autre ordre, mais également sérieux, (en comparaison avec ce qui s’est passé en Guinée) attendaient le Président du Conseil, où le Parti de Monsieur Senghor continue d’opposer au projet de communauté, l’indépendance, dans un cadre confédéral». (Cf. Le Monde daté du 27 août 1958, dernière page, rubrique : «Il y a 50 ans dans le «Le Monde»).
Nous portions, aussi dans nos têtes, des idées, des projets et des résolutions de libération de notre cher et vieux pays. C’est cela, inconsciemment, certes, que Alioune Diaw veut dire, quand il affirme que nous portions autre chose que des pancartes. Qu’il soit pardonné pour ses maladresses de langage : «La vérité sort de la bouche des innocents.» Nous portions et des pancartes et dans nos têtes, ces idées, ces projets et ces résolutions.
Quelle était la signification réelle des manifestations du 26 août 1958 ? La première réponse est que, ceux, jeunes et adultes, hommes et femmes, qui se sont illustrés à la place Protêt avec leurs banderoles, leurs pancartes et leurs slogans, étaient conséquents avec eux-mêmes, parce que la loi-cadre de Gaston Defferre, mise en œuvre deux années auparavant, n’était que le commencement de la fin.
La loi-cadre n’était que le premier maillon et l’avant-dernier d’une libération, fruit d’une longue marche. Cette longue marche, nous n’avons jamais eu la prétention de proclamer que nous l’avons effectuée seuls. Sur la place Protêt, nous exprimions notre fidélité aux mots d’ordre retenus à Cotonou, un mois auparavant.
D’autres forces, à nos côtés, exprimaient les mêmes préoccupations. Là où nous proclamions Jot sa reew, les militants de Majmout Diop s’écriaient Moom sa reew ; mais nous étions beaucoup plus nombreux et nos pancartes étaient les seules visibles. Des nuits entières ont été consacrées au 55, rue Escarfait à Dakar, alors siège de l’Ups, à préparer cet évènement en confectionnant pancartes et banderoles.
Pour la petite histoire, une partie de ces banderoles avaient été cachées, chez la famille Baro Diène, à la Médina et dans la nuit du 25 au 26, Valdiodio Ndiaye, avait tenu, accompagné de Amadou Racine Ndiaye et de Abdoulaye Ly, vérifier le «matériel du 26 août». Une autre partie de nos pancartes avait été confiée aux bons soins de notre camarade Elimane Ndour, père de notre neveu, la star internationale Youssou Ndour, et Elimane les avait gardées dans une cachette de sa maison, là où se trouve actuellement la radio Rfm.
Les jeunes de l’Ups qui étaient maîtres-d’œuvre, ne pouvaient pas «être recrutés» pour faire barrage à d’autres mouvements qui étaient supposés défendre les mêmes «valeurs» et exprimer les mêmes revendications.
Alioune Diaw, décidément, est mieux à l’aise à l’Assemblée générale du Jaraaf. Sa contribution y est plus efficace pour ce prestigieux club. Après son escapade, Dieu fasse que la sagesse prévale et qu’il retourne à ses grandes amours que sont les activités sportives !
La seconde réponse, est que les membres de l’Association des «Porteurs de Pancartes» ne sont pas des «intégristes». Dans leurs rangs, il n’y a pas que d’anciens membres du Mjups
Tous ceux qui ont mené le combat de l’émancipation, de l’affranchissement colonial et dont le symbole commun est cette manifestation du 26 août 1958, sont combattants de la liberté, et, en tant que tels, épousent les valeurs que nous défendons et qui donnent sa signification à la commémoration annuelle du 26 août 1958.
Madia Diop fait partie de ces preux.
Madia Diop nous fait l’honneur, depuis 1994, de se joindre à nous pour la commémoration et d’y prendre, chaque fois, la parole, considérant notre président comme «un jeune frère, très tôt engagé dans la lutte anticolonialiste».
Il y a trois ans, la journée de commémoration avait été présidée par feu Majmouth Diop, qui à l’occasion, avait, lui aussi, rendu un hommage public appuyé à Mbaye-Jacques Diop, pour son «combat patriotique très ancien». Si seulement Alioune Diaw pouvait comprendre pourquoi ces deux héros de la lutte anticolonialiste et panafricaniste ont, reconnu en Mbaye-Jacques Diop, non pas un imposteur, mais un authentique «porteur de pancartes», c’est-à-dire un militant des libertés démocratiques, de l’indépendance et de l’unité africaine.
Mais bon ! Il faut un peu d’indulgence. Monsieur Diaw a fait ce qu’il peut. Il y a simplement qu’il peut peu.
C’est ainsi qu’il ne peut pas comprendre qu’après la sortie inattendue de Sékou Touré à Conakry, le 25 août 1958, De Gaulle était passablement anxieux en venant à Dakar.
Dakar était la capitale fédérale, le siège de toutes les institutions de l’Afrique Occidentale Française (Aof). Une sécession du Sénégal et c’en était fini de l’Empire français. L’accueil du 26 août 1958, a, par conséquent, beaucoup pesé sur le devenir des rapports entre la France et l’Outre-Mer.
N’en déplaise à Alioune Diaw, c’est à peine un an après l’accueil de la place Protêt, qu’à Saint-Louis puis à Dakar, De Gaulle devait prononcer ces mots définitifs : «Dans quelques semaines, le Sénégal et le Soudan (actuel Mali) réunis dans la Fédération du Mali vont accéder à la souveraineté internationale…» En âme et conscience, n’est-il pas permis de se demander, si ce voyage du Général De Gaulle en décembre 1959, au Sénégal, eut eu lieu si rien ne s’était déroulé à la place Protêt, ce 26 août 1958 ?
In fine, et pour que nul en n’ignore, pour la mémoire collective de notre peuple, nous signons de manière itérative :

Bureau Association nationale les «Porteurs de pancartes»

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