Rufisque : Une
ville malade de ses 14 km de canaux à ciel ouvert
Sources:
Walfadjri
Située à 25 km au sud-est de Dakar, Rufisque constitue le passage obligé
pour entrer dans la capitale du Sénégal ou en sortir par la route. Sa
particularité est qu'elle est le seul département à comprendre une zone
urbaine et rurale. Mais l’image que la vieille ville donne d’elle se
limite généralement à l'architecture coloniale et à l'insalubrité que
charrient, entre autres, ses 14 km de canaux à ciel ouvert qui
serpentent son territoire. Rufisque est également malade de la mauvaise
gestion de ses ordures ménagères ainsi que d’un plan directeur
d’assainissement qui tarde à être appliqué dans son intégralité.
Assainissement de la vieille ville :
Parce que les 14 km de canaux à ciel ouvert qui sillonnent la vieille
ville ont fini par défigurer le visage de Rufisque et sont à l’origine
de son insalubrité, les populations réclament qu’ils ne soient plus
désormais à ciel ouvert.
Les populations réclament la fermeture des canaux
Jadis, ville florissante en raison
notamment du port qui polarisait la plupart des activités économiques,
Rufisque présente aujourd’hui un visage très alarmant. De nouveaux
quartiers sont nés de son urbanisation galopante avec des lots de
problèmes : insalubrité, maladie des mains sales, mauvaise gestion des
ordures ménagères..., qui viennent s’ajouter au calvaire que génèrent
les 14 km de canaux à ciel ouvert. En effet, la ville de Rufisque compte
actuellement treize canaux d’une longueur de 14 km. Ces infrastructures
sont à ciel ouvert pour l’écrasante majorité et ont été mises en place
durant la période coloniale. En l’absence d’un système d’évacuation
efficace, ces canaux reçoivent des eaux usées chargées de particules
solides et même de déchets solides. D’où un écoulement très lent, voire
même une stagnation en saison sèche.
L’environnement urbain est ainsi
dominé par l’insalubrité des quartiers et par l’absence d’équipements
d’assainissement. Les habitants de la commune qui cohabitent avec les 14
km de canaux à ciel ouvert qui serpentent la ville, ont beau étaler leur
‘mal vivre causé par un manque d'assainissement qui hypothèque le
développement de la ville et charrie des maladies endémiques tel que le
paludisme avec la prolifération des moustiques et la diarrhée’, rien
n’est fait pour améliorer la situation. Au contraire, celle-ci empire.
Et ces populations riveraines n’en réclament plus que la fermeture des
canaux, l’application d'un plan directeur d'assainissement et le respect
des engagements de la commune et de l'Etat.
Les canaux de Rufisque, longs de 14
km, contournent le quartier de Santhiaba, canal-mère, en passant par le
centre ville pour se déverser en mer.
A l’extrême droite de cette commune
qui s'étend sur 42 km et compte 179 797 habitants, d’après les résultats
du recensement de 2002, on retrouve trois grandes voies d’évacuation à
ciel ouvert : le canal de ceinture, le canal de l’ouest et les caniveaux
longeant le boulevard Maurice Guèye. L’existence de ces
infrastructures expose les populations de cette localité, estimées à
près de 6 000 âmes, à de sérieux problèmes environnementaux liés à la
cohabitation avec les dépôts d’ordures, à la transformation des canaux
en dépotoirs, au paludisme devenu endémique avec la prolifération des
moustiques.
Pourtant, d’après les autorités
municipales, un plan directeur d'assainissement existe depuis 1998 et
l'Etat avait financé son exécution pour trois milliards de francs. Un
début d'exécution qui a donné naissance à un réseau de drainage dans le
centre-ville et dans des quartiers comme Thiokho, Keury Souf, Cité
Filaos. ’Mais le projet s’en est arrêté là’, se désole ce notable.
En vue de les rendre agréables à voir
: Des politiques préconisent la réhabilitation des canaux de Rufisque
L'évacuation des eaux pluviales à
Rufisque était, à l’origine, dévolue aux canaux à ciel ouvert. Une
fonction traditionnelle qu’ils n’accomplissent plus et qu’il faut leur
permettre d’assumer en les réhabilitant, ‘puisqu’ils se sont
complètement détériorés’, ainsi que le reconnaît un technicien du
service technique de la mairie de Rufisque. Seulement, accuse-t-il, ce
sont les populations qui ont dénaturé l'utilisation des canaux à ciel
ouvert, en y déversant leurs ordures qui bloquent la circulation des
eaux vers la mer. A Santhiaba, les familles les plus proches du canal
sont souvent à couteaux tirés avec les voisins qui y déversent des
objets solides. La présence massive de ces déchets solides à l’intérieur
des infrastructures d’assainissement entrave leur bon fonctionnement
au-delà des nuisances générées telles que la stagnation des eaux, la
formation de gîtes larvaires, la prolifération des moustiques, des
odeurs nauséabondes, etc.
Il s’y ajoute que, dans certains
quartiers comme Keury Souf ou Guendél, les multiples raccordements
illicites d’eaux usées dans les canaux connus à l’origine pour ne
drainer que les eaux de ruissellement, aggravent la situation. ‘Les
populations ne comprennent pas que la propreté du canal leur incombe à
tous. La mairie nettoie, mais cela n’est pas suffisant. Il ne faut pas
qu’elles le salissent’, préconise notre interlocuteur.
Concernant la fermeture des canaux, Me
Mbaye Jacques Diop, ancien édile de la ville, dira que Rufisque étant
une ville placée dans une cuvette, reçoit beaucoup d'eau provenant de
Sangalcam et Kounoune. ‘Il faut travailler par rapport à la topographie
de la ville’. Ces canaux choquent à l'œil nu. Pour autant, les
différents candidats à la députation qui se sont succédé dans la vieille
ville, ne sont pas partisans de la fermeture de ces canaux, mais plutôt
pour leur réhabilitation et leur réaménagement en vue de les rendre
agréables à voir.
Nadjib SAGNA